Sans doute le plus connu des dialogues platoniciens, Le Banquet (Sumpósion) ou Sur l'amour, rédigé vers 375 avant notre ère – soit, comme La République, Le Phédon et Le Phédre, durant la période dite de la maturité de Platon (428 env.-347 env. av. J.-C.) – demeure un texte énigmatique. La structure virtuose du récit – la relation par un témoin, Aristodème, à son tour rapportée par un autre, Apollodore, de cinq éloges successifs de l'amour (occasion d'imiter certains des auteurs célèbres de l'époque), puis de l'éloge de Socrate lui-même par Alcibiade, lors d'un dîner bien arrosé en l'honneur du tragédien Agathon, mêlée d'anecdotes autour des convives – rend délicate l'assignation à Platon d'une doctrine de l'amour, sauf à la réduire à celle exprimée par Socrate. Mais ce dernier, dans la mesure où il met en abyme le discours de Diotime, ne parle pas ici en son nom.
1. Éros philosophe
Sumpósion désigne non pas exactement le banquet mais un moment de son ordonnancement traditionnel (car il s'agissait d'une véritable institution à Athènes), celui qui est consacré aux joutes oratoires. Phèdre est le premier à parler : c'est lui qui introduit le sujet à débattre, le même que celui du dialogue qui porte son nom – à savoir l'amour, qu'il considère en mythologue. Suivant la même pente, Pausanias, l'amant d'Agathon, distingue deux Éros : le Céleste et le Vulgaire. Eryximaque, en médecin, le définit comme attraction universelle. Aristophane, l'auteur de comédies, propose un récit des origines : l'androgyne, ayant défié les dieux, a été puni et divisé, donnant naissance à l'homme sous sa forme actuelle ; l'amour, faisant de deux êtres un seul, tente de surmonter ce qui a été séparé. Venant après lui, Agathon fait pâle figure, qui pourtant voudrait se donner en modèle d'éloquence. Socrate, non sans s'être fait prier, intervient le dernier.
Il prétend rapporter les propos d'une prêtresse, Diotime, « l'Étrangère de Mantinée », dont il dit que c'est d'elle qu'il tient ce qu'il sait de l'amour. Fils d'Expédient et de Pauv […]
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