Dans les manuels d'histoire, la grande figure de l'« Organisateur de la victoire » plane, seule respectable, bien au-dessus des figures sanguinaires de la Révolution. Fils d'un avocat et notaire bourguignon, Lazare Carnot fait de bonnes études secondaires à Autun, entre à dix-huit ans à l'École du génie de Mézières, arrive en garnison en 1783 comme capitaine à Arras, y fréquente Robespierre. Chaud partisan de la Révolution, il est élu à la Législative puis à la Convention. Il y siège du côté gauche, n'hésite pas à voter la mort de Louis XVI, mais se tient à l'écart des Jacobins. Il s'est fait remarquer par son efficacité dans des missions militaires ; c'est à l'officier de carrière et au spécialiste des techniques de la guerre qu'on fait appel en août 1793 pour entrer au Comité de salut public ; il y accomplit fort bien une tâche considérable et n'hésite pas à payer de sa personne : à Wattignies, il charge en tête des troupes aux côtés de Jourdan. La Révolution lui est redevable des victoires de l'an II.
Il faut néanmoins préciser deux points. Carnot ne fait pas de la guerre son « domaine réservé ». De même, il n'abandonne pas la politique intérieure à ses collègues. Si ses relations avec Robespierre et Saint-Just s'aigrissent au printemps de 1794, c'est qu'en politique intérieure il est moins démocrate qu'eux. De la grande équipe de l'an II, il sera le seul à ne pas être inquiété, et c'est alors que les thermidoriens l'appelleront l'Organisateur de la victoire afin de le soustraire aux poursuites engagées contre ses collègues encore survivants.
Logiquement, son évolution à droite va s'accentuer. Élu membre du Directoire exécutif en octobre 1795, Carnot y prend l'initiative des poursuites contre Babeuf et ses amis, les traque avec acharnement, organise la provocation du camp de Grenelle et en fait exécuter illégalement les inculpés. Il revendique à présent la haute main sur les opérations militaires : longtemps hostile aux plans de Bonaparte pour la campagne d'Italie, […]
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