3. Les « Poésies »
La suite de son œuvre le verra réintégrer son patronyme, comme si, dès lors, plus rien n'était à cacher. C'est, en effet, le parti pris de « la vertu, de la certitude, de l'espoir, du bien, du devoir, de la foi, de la froideur du calme et de la modestie » qu'il prétend embrasser désormais. Il serait imprudent de penser qu'une telle palinodie ne lui fût inspirée que par les reproches paternels accusant l'outrance de son précédent ouvrage. Les Poésies sont formées de fascicules où l'on chercherait en vain quelque vers que ce soit. On y trouve, en revanche, une abondante leçon de littérature et de morale, portant davantage, il est vrai, sur les principes que sur leur mise en application, contrairement au bref roman naguère narré et déconstruit.
Le premier fascicule passe au crible la littérature romantique, ses pleurnicheries, son emphase. De grandes listes hilarantes coiffent de sobriquets risibles les plus grandes célébrités et l'abondant bric-à-brac terrifiant ou douloureux des œuvres majeures de ce temps. Tout est scruté avec acrimonie : épopée, roman, poésie lyrique, éloquence.
Ducasse, devenu censeur des mélancolies, en profite pour corriger quelques phrases de l'une de ses strophes. Dans le second fascicule domine la maxime corrigée ou détournée. Recopiant des Pensées de Pascal ou de Vauvenargues, il les modifie dans le sens du bien, par simple addition ou retranchement de négations. Alors que les Chants paraissaient, en dépit de leur singularité, illustrer un projet évident nourri de satanisme et de cruauté, les Poésies, revendiquant l'ordre et la clarté, laissent perplexe quiconque souhaite les mettre en corrélation avec l'œuvre qui les précéda. Cependant tout lecteur attentif remarque vite qu'ici comme là résonne la même intensité de sarcasme, le même souci critique. Cette constante profonde traduirait donc l'unique et forte volonté de Ducasse, habile à proférer par une double voix un même combat contre la veulerie humaine, l'intelligence moyenne […]
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