7. Derniers feux
Deux poètes, l'Espagnol Martial et l'Italien Juvénal, vont toutefois faire entendre un son nouveau. Le premier écrira ses quatorze livres d'épigrammes, qui se veulent eux aussi une chronique, cette fois versifiée, de la vie mondaine. Mais ici l'épigramme s'arme d'une pointe, et l'on retrouve des accents entendus chez Catulle – il y a bien longtemps ! Quant à Juvénal, qui écrit sous Trajan, il dénonce dans ses Satires la tyrannie de Domitien, et traite en hexamètres les lieux communs de la rhétorique. Il s'en prend aux mœurs du temps, aspire à la solitude. Mais de même que Martial n'avait pu rester à Bilbilis, sa patrie, il ne pourra quitter la ville qui est l'objet de sa colère. Juvénal regrette les temps antiques, qu'il embellit – mais Tite-Live ne faisait-il pas déjà de même ? Il entre beaucoup d'artifice et quelque courtisanerie à l'égard de la nouvelle dynastie dans cette poésie violente, intense et souvent pittoresque. Avec le iie siècle après J.-C., le silence retombe sur Rome, les voix qui commencent à s'élever viennent de l'Orient grec, qui bénéficie de la « paix romaine ». C'est alors l'apparition de la seconde sophistique, avec Plutarque, puis de toute une littérature de langue grecque. L'expression de langue latine devient moins urgente : Marc Aurèle écrit en grec, Dion Cassius aussi. Quelques grands noms subsistent parmi les écrivains de la langue latine : ainsi Suétone, fonctionnaire d'Hadrien, avec ses biographies de grammairiens, de rhéteurs, de poètes, et surtout avec ses Douze Césars qui, seuls, nous sont entièrement parvenus. La chronologie est incertaine, le récit des événements allusif, mais, en l'absence d'autres sources, cette œuvre nous reste précieuse. Le rhéteur Florus, lui aussi contemporain d'Hadrien, cherche à « concentrer » le propos de Tite-Live, mais son ouvrage sur les Guerres romaines n'est guère qu'une variation sur un thème très ancien, celui de la vie des États, qui naissent, deviennent adolescents et vieillissent. La vieille théorie aristotélicien […]
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