5. Les genres littéraires
• Le genre apologétique
Tertullien inaugura en Occident le genre apologétique. Les modèles grecs étaient déjà nombreux : Justin, Tatien, Athénagore avaient déjà adressé des apologies aux empereurs pour essayer de les convaincre que les chrétiens n'étaient pas coupables des crimes dont on les accusait et, d'une manière générale, que le christianisme représentait non seulement une « philosophie » parmi d'autres, mais la philosophie parfaite. Tertullien reste fidèle aux grandes lignes de l'argumentation des Grecs et à la présentation du christianisme sous la forme d'une philosophie du « Logos ». Mais son Apologeticum n'en est pas moins un chef-d'œuvre extrêmement personnel par la rigueur de l'argumentation, la rudesse impérieuse et ironique, les formules fortement martelées. D'un tout autre genre est son petit livre Sur le témoignage de l'âme qui en réfère au langage quotidien pour montrer que l'âme est naturellement chrétienne. Le ton de l'Octavius de Minucius Felix est très différent de celui de Tertullien : il cherche à séduire par la beauté du style où abondent les réminiscences classiques, par l'objectivité, par une habile présentation du christianisme. Le même effort littéraire et le même raffinement se trouvent chez Lactance. Mais cette fois l'apologétique prend une nouvelle forme. Lactance ne se contente pas de réfuter les erreurs païennes, il cherche à convaincre en présentant un système complet et harmonieux qui répond aux questions insuffisamment résolues par Cicéron et la tradition classique latine : que sont la vraie sagesse, la justice, le culte véritable, la vie bienheureuse ? Il préparait ainsi la voie à ce sommet de l'apologétique que représentent les vingt-deux livres de La Cité de Dieu d'Augustin. Pour répondre aux critiques païens qui prétendaient que les calamités récentes, et notamment la prise de Rome par Alaric, étaient la conséquence du triomphe politique du christianisme, Augustin écrit un grand « discours sur l'histoire universelle » en même temps qu'une sorte de somme théologique. Pour répondre à la même objection païenne, Orose montre que les calamités ont abondé dans l'histoire universelle bien avant le christianisme (Histoire contre les païens).
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