4. Caractéristiques générales
Les littératures chrétiennes en général, qu'elles soient de langue grecque ou de langue latine, sont des littératures de lutte, lutte contre les païens ou, à l'intérieur du christianisme, lutte contre les hétérodoxes, gnostiques, manichéens, ariens, nestoriens (ou monophysites), pélagiens, donatistes et schismatiques de tout genre. Mais cet aspect semble extrêmement accentué dans la littérature latine chrétienne. La polémique, l'invective, l'injure même, y jouent un très grand rôle. La véhémence de Tertullien dans ses attaques contre les païens ou contre Marcion est bien connue. La verve et l'imagination réaliste d'Arnobe critiquant les mythes païens sont débordantes. Les poèmes de Commodien sont remplis de sarcasmes, non seulement contre les païens, mais aussi contre les chrétiens trop tièdes. Lactance devient presque haineux dans son ouvrage Sur la mort des empereurs persécuteurs. Firmicus Maternus, qui lorsqu'il était encore païen avait écrit un traité d'astrologie, la Mathesis, fait appel, après sa conversion, aux empereurs chrétiens pour qu'ils exterminent les païens. Lucifer de Cagliari, au plus fort de la querelle arienne, multiplia les pamphlets : Des souverains apostats, Qu'il ne faut pas rencontrer les hérétiques. Hilaire lui-même s'en prend à l'empereur Constance, coupable de soutenir une faction ecclésiastique d'inspiration arienne ; il le traite d'Antéchrist, de fils du diable. Quant à Jérôme, sa violence est légendaire : ses Lettres, d'une verve satirique intarissable, ne reculent ni devant l'injure, ni devant le calembour féroce quand il s'agit de déconsidérer l'adversaire. Ces écrivains chrétiens sont les héritiers d'Horace, de Juvénal et de Martial. Comme le dit Tertullien à propos de saint Paul, ils trempent « leur plume non dans l'encre mais dans le fiel ». Mais on peut soutenir aussi avec H. von Campenhausen que le christianisme latin a, au moins avant Augustin, quelque chose de judaïque, c'est-à-dire qu'il est moralisan […]
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