2. La tradition latine classique
Dès son apparition, la littérature latine chrétienne atteint une sorte de perfection. Chacun dans son genre, Tertullien, Cyprien, Minucius Felix sont des écrivains remarquables. Une des raisons de ce phénomène est probablement le retard du développement de la littérature chrétienne en Occident par rapport à celui de cette même littérature en milieu grec. L'ensemble des premiers écrivains chrétiens de langue grecque étaient de culture assez limitée et hostiles à la culture classique. Mais, au moment où la littérature latine chrétienne commença à prendre son essor, ces préjugés étaient dépassés, les écrivains chrétiens avaient renoué avec les modèles classiques ; on avait accepté l'idée qu'un écrit chrétien puisse rechercher la beauté littéraire. D'autre part, dès son début et pendant toute une partie de son histoire, cette littérature sera l'œuvre de rhéteurs, c'est-à-dire de professeurs de littérature, de déclamation et d'argumentation : Tertullien, Minucius Felix, Arnobe, Lactance, Marius Victorinus, Augustin resteront fidèles à la tradition littéraire classique ; ils y puiseront les modèles à imiter, pour le style, pour les règles à observer dans les différents genres littéraires, pour l'argumentation polémique ou dogmatique, pour l'exhortation morale.
Le maître incontesté est évidemment Cicéron. Une des premières œuvres apologétiques latines, l'Octavius de Minucius Felix est un dialogue qui est censé se dérouler, au bord de la mer, à Ostie, entre le sceptique Cecilius Natalis et les chrétiens Minucius et Octavius ; la construction de l'ouvrage, le style, une partie des idées sont empruntés à des modèles cicéroniens. Dans la même tradition, Lactance, qui se plaît fréquemment à imiter Minucius Felix, christianise en quelque sorte les idéaux cicéroniens dans ses Institutions divines. Un phénomène semblable se produit dans l'ouvrage de l'évêque Ambroise de Milan, qui porte le titre Des devoirs des serviteurs du culte (De officiis ministrorum) ; c'est une ad […]
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