4. Caractères de la langue
On comprend que les virtualités du latin aient été décrites de façons fort différentes ; n'est-il pas, à la fois, concision et abondance ? En certains énoncés de forme élémentaire, aphorismes, formules juridiques, inscriptions commémoratives, l'absence d'outils grammaticaux, la robustesse de phrases composées exclusivement de mots pleins, aboutissent à des réalisations d'une rare densité ; on dirait un monument où tout est pierre de taille. Dans la poésie lyrique (Horace, Sénèque), cette même densité, la possibilité d'ordonner librement les mots, indépendamment de toute contrainte syntaxique, est au principe d'heureux effets de suggestion. Mais cette densité est souvent plus imaginative qu'intellectuelle ; lorsqu'il veut définir et cerner une idée, le même manque d'outils grammaticaux, les indécisions de la syntaxe, obligent l'écrivain ou l'orateur à s'y reprendre à plusieurs fois, comme par approximations successives ou visées convergentes : c'est le piétinement inlassable des Entretiens de Sénèque, c'est la période cicéronienne, la glose indéfinie des jurisconsultes, les redites précautionneuses de la liturgie.
Du fait de la liberté avec laquelle il peut disposer ses mots, le latin est merveilleusement fait pour la composition de vastes ensembles organiques qui agiront puissamment sur l'imagination et sur le sentiment ; aussi convient-il bien à des hommes politiques et à des moralistes. Il ne faut pas mésestimer le contenu intellectuel de cette éloquence : dans l'unité de la phrase complexe, il arrive fréquemment que soit assurée cette netteté dans la visée que le latin semble souvent si maladroit à instituer au niveau des propositions simples.
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