3. Le détournement des nouveaux médias
De nouvelles formes artistiques utilisant la lumière comme médium – la photographie et le cinéma – sont amenées à prendre le relais de la peinture. L'intérêt que Moholy-Nagy porte alors à la technique du « photogramme » (photographie sans négatif) revêt un sens nouveau par rapport à l'usage qu'en ont fait avant lui Man Ray (avec les Rayogrammes) et Christian Schad (avec les Schadographies). Adoptant un style plus constructif et plus abstrait qui s'écarte résolument de l'effet d'assemblage d'objets, l'artiste hongrois invite aussi à étendre le procédé du photogramme aux autres arts. Dans un texte publié en juillet 1922 dans la revue De Stijl, « Production-Reproduction », il suggère ainsi aux compositeurs de graver manuellement dans la cire une musique inédite, au lieu de se servir du disque pour reproduire des sons instrumentaux. L'idée recoupe les préoccupations du dadaïste berlinois Raoul Hausmann, qui élaborait à l'époque les premiers plans d'un instrument électronique, l'Optophone, fondé sur l'écriture graphique du son. Plus d'une fois, Moholy-Nagy a su « faire feu » du bois des autres. Ce principe de la phono-graphie sera appliqué par lui dans Tönendes ABC (1931-1933), film dont la piste sonore est constituée de lettres d'imprimerie. Le son synthétique ainsi créé participe du bouleversement des codes sémantiques auquel aspire Moholy-Nagy, c'est-à-dire un rejet de toute articulation conventionnelle, illustrative, des arts : ici l'image et le son.
Autour de 1922, Moholy-Nagy met encore en chantier deux œuvres majeures, qui poussent l'expérience du mélange des médias à un degré rare d'intuition formelle : Dynamique de la grande ville, et Lichtrequisit (Appareil lumineux) plus connu sous son titre tardif de Modulateur espace-lumière. La première est un projet filmique, livré sous la forme d'un montage graphique d'images et de texte que l'artiste qualifie de « typophoto ». Dans un numéro spécial Théâtre et musique de la revue MA (septembre 1924) paraî […]
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