4. Un art codé
Gravés ou peints, gravés et colorés, les signes et les animaux de Lascaux rayonnent d'une beauté fragile et mystérieuse venue d'une des plus grandes civilisations qu'ait connues l'Europe. L'étroite union des figures avec leur support rocheux et l'architecture admirable de la grotte donnent au dispositif pariétal de Lascaux une dimension monumentale, une profondeur presque théâtrale, incomparables. En pénétrant dans Lascaux, nul n'échappe à une émotion esthétique intense ; il s'agit bien d'art. Mais les signes abondants et variés, leurs liaisons spatiales avec les animaux témoignent de la conception symbolique de cet art.
Rien, hormis la fameuse scène du Puits, n'évoque directement la chasse ni la fécondité, faussement invoquées parfois. L'absence de référence iconographique à la vie quotidienne, l'abondance des signes géométriques intercalés donnent au dispositif de Lascaux, comme à l'art pariétal magdalénien en général, un caractère abstrait, cosmologique en quelque sorte, ainsi que le montrèrent Annette Laming-Emperaire et André Leroi-Gourhan, dépassant largement l'idée réductrice et inexacte d'un « art animalier naturaliste » proposée autrefois.
La répétition de certaines relations entre, par exemple, les signes de type « grille », peints ou gravés, leur position dans le Diverticule axial, la Nef, l'Abside, leur liaison avec certains animaux... dénotent une organisation élaborée du dispositif pariétal de Lascaux, organisation créée par les artistes ou leurs inspirateurs appartenant au groupe ethnique qui dominait la région.
Dans l'art de Lascaux se dissimulent des messages codifiés avec soin par les Magdaléniens venus enfouir dans l'obscurité éternelle de la grotte leur mythologie, leurs croyances et leurs pensées.
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