2. L'imagination, arbitre des arts
Pour valoriser ce « récepteur » commun qu'est l'amateur, il faut en promouvoir un organe particulier : l'imagination. Ainsi, dans le domaine des arts plastiques, c'est l'imagination du spectateur qui décide selon Lessing du choix du moment à représenter. L'instant choisi ne sera « fécond » que s'il n'est pas paroxystique, car, en peinture et en sculpture, la représentation du stade ultime de l'affect paralyse la Einbildungskraft (l'imagination) du contemplateur. C'est pourquoi le Laocoon sculpté ne crie pas. Il en va tout autrement en poésie, où les instants représentés peuvent à tout moment être ramenés à une circonstance antérieure ou ultérieure, qui leur ôte un peu de leur intensité propre. Rien ne s'oppose, partant, à ce que Virgile représente dans l'Énéide le moment de la douleur suprême chez Laocoon. Ainsi, la faculté d'imagination acquiert une importance centrale, dont découlent les distinctions les plus fondamentales entre les arts. Par le fait même de la sémiotique propre aux arts plastiques, le spectateur d'un tableau ou d'une statue peut difficilement sortir en esprit des limites strictes de la scène représentée. En poésie au contraire, où règnent les signes « arbitraires », la liberté d'imagination du lecteur est beaucoup plus grande. Elle laisse au lecteur une possibilité infinie de recomposition personnelle de l'image.
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