2. Les « épopées » et le cycle didactique
De longs poèmes narratifs, moins épiques que romanesques, et une série d'œuvres didactiques font le lien entre le Saṅgam et les œuvres dévotionnelles qui fleurissent à partir du viie siècle, dans une chronologie assez confuse. Poésie, musique et danse contribuent à faire du Cilappatikāram, drame psychologique doublé d'une tragédie de l'erreur judiciaire et culminant dans l'exaltation d'un culte populaire, la vision la plus chatoyante de la culture tamoule à l'ère du Saṅgam. Épopée du bouddhisme conquérant, Maṇimēkalai, avec force voyages, magie et miracles et d'abondantes digressions, est une compilation un peu touffue et difficile à dater.
Plus long, le Perunkatai est, pour le sujet, une adaptation de la version sanskrite de la Brihat-katha par Durvinīta, mais l'auteur y manifeste une grande originalité formelle. Daté du viiie siècle, il a des analogies avec un kāvya plus populaire, et souvent imité, du ixe ou xe siècle, le Cīvakacintāmaṇi, où la morale jain ne triomphe qu'à la fin, quand le héros, l'empereur Cīvakaṉ, aura épuisé tous les aspects de la vie mondaine.
Une dizaine de poèmes épiques attestent aussi la prépondérance jain, qui se retrouve dans les œuvres gnomiques, collection disparate de dix-huit œuvres brèves, postérieures au Saṅgam (dont la composition s'étale, semble-t-il, du ive au ixe s.), mais qui en prolongent les conventions et les thèmes ou sont des recueils moraux, en maximes bien tournées. Ainsi peuvent être caractérisés le Nālaṭi et surtout le Kuṛaḷ, recueil de distiques sur les trois fins de la vie, qui est le chef-d'œuvre le plus populaire de la littérature tamoule, dont l'auteur, Tiruvaḷḷuvar, ne peut être arraché à ses légendes contradictoires.
Une littérature grammaticale s'est aussi développée après le Saṅgam et pour en rendre compte. Les jains y ont un rôle capital, ainsi qu'en lexicographie (Tivakāram, ixe s.).
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