2. La littérature occitane
La littérature occitane n'a jamais été une littérature nationale au sens moderne du mot, les pays d'oc n'ayant jamais formé une nation. Au Moyen Âge, son domaine appartenait aux juridictions politiques du Saint Empire romain germanique, du comté de Toulouse, du duché d'Aquitaine et du royaume d'Aragon. Plus tard, il appartient aux provinces méridionales de la France. C'est essentiellement une littérature de « civilisation ».
Sous ce trait général, on peut distinguer trois phases dans sa manifestation concrète : au Moyen Âge, elle fut littérature d'une langue ; du xvie au xixe siècle, elle fut littérature d'un tempérament ; elle devient au xixe siècle littérature d'un peuple. Naturellement, ces trois traits se compénètrent à chaque époque.
• Littérature d'une langue
L'idée que, pour l'essentiel, une littérature s'identifie à la langue dont elle procède est commune au Moyen Âge : c'est par exemple la conception de Dante. La langue d'oc fut une des premières langues modernes, sinon la première, à se dégager du latin dans la Romania. Ses plus anciens textes littéraires, dont le plus important est le poème de Boèci, datent du xe siècle. Dès son apparition, la langue littéraire occitane apparaît dans une forme presque parfaite et définitive. Quelles qu'en soient les causes (tradition scripturaire surimposée aux évolutions dialectales ou création d'une koinè à partir des dialectes), elle est l'outil unifié d'une littérature exprimant une unité de civilisation dont l'influence s'étend à toute l'Europe chrétienne, de l'Ibérie au Rhin, de la Sicile à l'Angleterre. On retrouvera ce caractère dans les traités de grammaire de Raimon Vidal de Besalú, les Rasons de trobar destinés aux Catalans, et, de Uc Faidit, le Donats Proençals destiné aux Italiens. Ce même caractère est évident, dès le milieu du xiie siècle, dans le Codi de Justinien, dont l'influence se fera largement sentir sur la formation de la langue juridique française.
Ce « vulgaire illustre » s'impose à la lyrique oc […]
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