2. Un solide fonds classique
Au xvie siècle, la langue est moderne, la prosodie indigène. Dans l'abondance littérature religieuse et didactique du xvie au xviiie siècle, Eḷuttaccan donna, avec son Adhyatma Rāmāyaṇa et son Mahabhārata, les versions les plus populaires de ces deux textes (fin xvie-début xviie s.), œuvres littéraires et religieuses à la fois, où le sens dramatique, l'émotion, notamment dans le registre héroïque, s'allient à une profondeur de pensée qui manquait à Ceruśśēri.
À la même période sont rédigées les versions connues des anciennes ballades, surtout celles du Nord-Malabar, gestes héroïques, fortes et simples, dont le héros traditionnel est Otenan, sorte de Robin des Bois du xvie siècle, et aussi un nationaliste antibritannique, Payassi Raja (après 1750). Ces textes riches en aperçus sociaux ont souvent une grande perfection formelle, comme certains des innombrables chants folkloriques que les historiens locaux placent aux origines de la littérature, transposant sur le plan de l'histoire et contre ses évidences une vérité plus profonde : le folklore est en malayāḷam la littérature la plus authentique et la plus classique.
Son expression dramatique connaît une vingtaine de types différents, religieux ou profanes, souvent liés à la communauté qui par tradition les porte à la scène. Le plus fameux est le Kathakaḷi ; du xviie au xixe siècle, de très nombreux auteurs (Kottarakkara Tampuran ou Uṇṇāyi Vāriyar par exemple), ont écrit pour cette forme de spectacle dramatique, qui depuis quarante ans connaît un nouvel essor.
Enfin Kuñcan Nambiyār (né en 1705), fondateur d'un genre nouveau, le Tuḷḷal, est le premier et le plus grand poète du peuple : prenant prétexte d'un récit mythologique qu'il situe au Kēraḷa, il dépeint la société contemporaine avec un humour moqueur ou féroce, dans la langue populaire ennoblie par son art consommé ; à la suite de Nambiyār, ce genre est abondamment illustré par des auteurs restés anonymes.
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