2. La révolte littéraire
« À bas les affiches d'État, les clairs de lune, les boîtes de nuit. » De Kassák, la postérité gardera sans aucun doute en premier lieu l'image du révolté et du novateur ; et plus encore que de ses œuvres, le souvenir de son action. C'est déjà dans le rôle du contestataire qu'il fait son entrée dans la littérature hongroise quand, vers 1910, ce « vagabond » qui vient de parcourir à pied l'Europe, de l'Autriche à la Bavière, de la Rhénanie à la Maison du peuple de Bruxelles et jusqu'à Paris, ose proclamer une seconde révolution de la poésie magyare, en voulant dépasser le postsymbolisme et l'esthétisme raffiné de la grande revue Nyugat (Occident), fondée pourtant récemment (1908) et passant, elle aussi, pour très novatrice. Mais, pour Kassák, cette revue qui compte parmi ses collaborateurs tous les grands créateurs de ce début de siècle, marque un retard sur la littérature européenne ; et, imbu de Whitman et de Zola, de Verhaeren et de Gorki, tourné vers un monde plus moderne, il trouve ces fleurs vénéneuses un peu fanées. C'est alors à lui de fonder successivement deux revues : Tett (Action) d'abord (1915-1916), interdite pour pacifisme et internationalisme, MA (Aujourd'hui) ensuite (1916-1919 à Budapest, 1920-1925 à Vienne), où il publie ses propres écrits et ceux de son groupe, mais où il donne également, un large panorama littéraire et artistique des représentants du « modernisme » européen : Apollinaire et Marinetti, Cendrars, Maïakovski, Jules Romain et Tzara, Braque et Picasso, Chagall et Léger, Klee, Kandinsky et Kurt Schwitters, Le Corbusier, Béla Bartók. L'influence de Kassák ne peut toutefois s'étendre ; le chauvinisme suscité par la guerre crée un climat défavorable. Pendant la république des Conseils, Béla Kun, dans une polémique célèbre, essaie de briser l'indépendance artistique. Après la chute de la Commune, c'est l'emprisonnement et l'exil, pour six ans, à Vienne ; exil fructueux pour la création – sans doute est-ce la meilleure période […]
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