2. Réalisme et stylisation
Ses premières nouvelles donnaient une image très naturaliste de la vie paysanne. Quant à ses romans, La Comédienne (Komediantka, 1896) et Ferments (Fermenty, 1897), construits autour du conflit qui oppose une individualité sensible à un entourage commun, ils brossent un tableau expressif du mode de vie des milieux d'acteurs et d'employés de province. Ces thèmes furent d'ailleurs repris dans certaines de ses œuvres ultérieures, notamment Lili (1899).
Dans La Terre promise (Ziema Obiecana, 1899), dont la documentation fut rassemblée lors de son séjour à Lodz, alors appelé « le Manchester polonais », l'auteur présente un panorama – animé d'un mouvement presque cinématographique – d'une grande ville industrielle où la vie est déterminée par les lois d'une lutte sans merci pour la subsistance et le profit, lois elles-mêmes inspirées par des intérêts sociaux, nationaux et raciaux contradictoires. Ce roman laissait apparaître une dénonciation de la vie urbaine et une protestation contre les conséquences dévastatrices de l'industrialisation, ce qui rapproche, à son insu, Reymont de John Ruskin et de William Morris ainsi que du poète Émile Verhaeren.
Plus tard, il entreprit avec un demi-succès la rédaction d'un cycle de romans historiques, décrivant dans la trilogie de L'Année 1794 (Rok 1794, 1913-1918) l'histoire des luttes patriotiques (insurrections et complots) qui agitèrent la Pologne nobiliaire pendant la période de son effondrement. Dans ses nombreuses nouvelles (environ quatre-vingts), on peut distinguer, outre des croquis naturalistes, des récits dotés d'éléments impressionnistes et allégoriques ou fantastiques. Parmi ces dernières, il en est de remarquables (Un jour, L'Orage), où cet excellent peintre des extérieurs du monde et des phénomènes sociaux se révèle aussi un pénétrant psychologue.
Mais son plus grand titre de gloire, Reymont le doit aux Paysans (Chłopi), roman consacré à la campagne polonaise, qu'il écrivit de 1901 à 1909. L'action de […]
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