Georges Perec (1936-1982), écrivain-cascadeur, est, on le sait, le champion des exploits d'écriture les plus fous. Que ce soit en bâtissant tout un récit malgré la perte de la lettre (La Disparition, 1969) ou en établissant des inventaires vertigineux de rêves (La Boutique obscure, 1973) et de réminiscences (Je me souviens, 1978), il avait déjà fait ses preuves dans le domaine du spectaculaire. Avec La Vie mode d'emploi, cette sorte de monstruosité dans la prouesse parue en 1978, il pulvérise tout bonnement et ses records, et sa distance favorite du récit bref, et les limites de son imaginaire. Que l'on en juge : sept cents pages bien serrées, quatre-vingt-dix-neuf chapitres, un grouillement de personnages, un fourmillement d'histoires, sans parler d'un plan, d'un index et d'un mémento chronologique, voilà qui impressionne. Si l'on ajoute que ce livre-somme, jamais essoufflé, réinvente spontanément le foisonnement baroque, la fantaisie picaresque des romans sud-américains ; si l'on dit que cette aventure scripturale prend son essor dans un simple et brave immeuble, sis au 11 de la rue Simon-Crubellier (on la cherchera vainement sur un plan), v […]
