2. Entre songe et réalité
Les thèmes croisés du songe de la vie terrestre et de la réalité de la vie éternelle, de l'illusion et de l'erreur, du désabusement, de la fatalité ou du libre arbitre, si proches de L'Illusion comique de Corneille (1636), donnent sa dimension philosophique et théologique à ce drame emporté par un souffle épique. Mais la profonde méditation sur l'existence humaine – sur l'amour, l'honneur, le pouvoir politique, la justice, la fugacité du bonheur ou le sens de la vie – qui l'anime, n'est jamais abstraite. Des personnages hauts en couleur, pleins de passions et de fureurs, incarnent de façon spectaculaire cette représentation symbolique de la destinée humaine. À cet égard, le prince Sigismond, dans l'auto sacramental de La vie est un songe (version allégorique représentée le jour de la Fête-Dieu), représente naturellement la figure de l'Homme.
La vie est un songe a donné lieu a de nombreuses analyses. La langue et le style (cultéranisme et conceptisme), les deux intrigues en miroir, la double quête du père, la « conversion » de Sigismond, le problème de la liberté et du déterminisme, les idées politiques, religieuses ou morales, la structure métapsychologique, la rhétorique : tels sont quelques-uns des aspects qui ont attiré l'attention des commentateurs. Sans jamais imposer ses propres convictions, conformes à l'idéologie monarchique et catholique dominante de son époque, Calderón préserve l'incertitude au cœur de cette comedia, dont une légende bouddhique sur le leurre des apparences serait une source lointaine. Ainsi, à l'instar des grandes productions dramatiques, telles que Œdipe roi de Sophocle (425 av. J.-C.), Hamlet de Shakespeare (1603) ou L'Abuseur de Séville de Tirso de Molina (1625), La vie est un songe ne cesse de susciter des interprétations nouvelles ou contradictoires.
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