2. La vacuité du monde
Ce qui caractérise La Tourmente, c'est son unité profonde malgré la diversité des parties : si la guerre et le fascisme ne sont symbolisés qu'au début de l'ouvrage, ils imprègnent le recueil entier. À travers le désastre collectif qu'ils représentent se trouve simplement dramatisé ce que Gianfranco Contini a nommé l'expérience continue d'« un monde frappé d'inexistence ». Cette aliénation conduit Montale à vouloir créer une forme tout intérieure qui puisse, alors que la destruction fait rage, rendre à la psyché une « orientation unitaire ». Contredisant en apparence une telle aimantation de la parole, le visage de l'inspiratrice – à l'égal de l'Onlie Begetter, le seul être inspirateur des Sonnets de Shakespeare – se démultiplie : Iris (ou Clytie), figure à la fois vengeresse et sacrificielle, en est la forme la plus onirique, annonciatrice du chaos mais aussi sa victime.
Quelles que soient leurs convulsions, les désastres historiques ne changent pas la vacuité foncière de toute présence au monde : c'est là une leçon amère, scandaleuse, la plus forte que puisse dispenser La Tourmente.
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