2. Un nouveau paradigme ?
Partisan d'une approche économique intégrant divers champs disciplinaires, Robert Boyer multiplie les sources d'inspiration théorique (le post-keynésianisme avec une forte influence de Michal Kalecki, le marxisme, l'école historique, l'approche de Joseph Schumpeter, la tradition de la planification française), ce qui explique aussi la diversité de ceux qui partagent sa perspective. Cette diversité pose le problème du statut de cette théorie par rapport à sa filiation généralement reconnue vis-à-vis du marxisme. En effet, la régulation s'intéresse particulièrement aux configurations du rapport salarial, envisagé d'un point de vue macroéconomique « dans son double aspect d'organisation de la production et de système de rémunération comme déterminant majeur de la productivité, du partage salaire-profit et du niveau d'emploi ». Principal héritage du marxisme, le rapport salarial n'est donc pas réduit à un simple rapport d'échange marchand. La référence à la théorie de la valeur-travail ne fait cependant pas l'unanimité (alors que Robert Boyer l'abandonne, Alain Lipietz ou Michel Aglietta la conservent explicitement).
La question du statut de la régulation par rapport au paradigme néo-classique rival se pose également. La théorie de la régulation se présente comme une théorie substituable à celle de l'équilibre général. Face à la « nouvelle macroéconomie classique » des années 1980 (caractérisée par les anticipations rationnelles et le concept d'équilibre par le marché), le pari de la régulation est d'historiciser la théorie économique, en restaurant le lien entre la sphère économique et le champ des rapports sociaux : il s'agit alors de cerner « la variabilité dans le temps et dans l'espace des dynamiques économiques et sociales ». En ce sens, la régulation est amenée à privilégier les processus et propose un concept concurrent du concept de l'« équilibre », lequel repose sur l'hypothèse d'individus existant indépendamment de tout lien social. Mais force e […]
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