2. Requiem pour le monde antique
L'œuvre s'ouvre sur un monologue du saint qui se plaint de la solitude et de l'ennui dus à sa condition d'ermite et évoque les jours heureux d'autrefois. Alors qu'il s'absorbe dans la lecture du Livre des Apôtres, des visions voluptueuses l'assaillent, puis apparaît la reine de Saba qui essaie de le séduire et qu'il repousse. Lui succède Hilarion, son ancien disciple, devenu un enfant-vieillard, qui se livre à une critique des textes saints et fait surgir l'interminable défilé des hérésies.
C'est ensuite au tour des idoles tombées et des dieux défunts d'apparaître un par un sur la scène. Enfin Hilarion qui, devenu immense, incarne désormais la Science, propose à Antoine de voir le Diable. Celui-ci l'entraîne dans l'immensité de l'univers dont il s'applique à lui démontrer l'absence de sens et de créateur. Antoine, qui a refusé d'adorer Satan, est néanmoins si abattu qu'il songe à se donner la mort. Celle-ci entreprend de l'attirer, de même que sa rivale, la luxure, mais, s'étant ressaisi, il les ignore. Lui apparaissent alors tous les monstres de la mythologie. Ce grouillement fantastique des formes du vivant, perceptible jusque dans l'infiniment petit, lui redonne enfin l'envie d'exister : « O bonheur ! bonheur ! J'ai vu naître la vie [...]. Je voudrais avoir des ailes, une carapace, une écorce, souffler de la fumée, porter une trompe [...], me blottir sur toutes les formes, pénétrer chaque atome, descendre jusqu'au fond de la matière, être la matière ! » Il fait le signe de la croix et se remet en prières.
Pourquoi La Tentation a-t-elle si longuement et de manière si obsédante occupé l'esprit de Flaubert ? Il entre ici en jeu, très certainement, un processus d'identification. Sorte d'ermite laïque, ayant trouvé dans sa maison de Croisset sa thébaïde et dans l'écriture son cilice, voué lui aussi à la solitude et aux visions, Flaubert s'est projeté ou représenté dans Antoine. À cela s'ajoute son amour viscéral pour l'Antiquité, qui l'amènera avec Salamm […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



