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LA SOCIÉTÉ DE COUR, livre de Norbert Elias

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2.  La logique du prestige et l'équilibre des tensions

Au point culminant de ce processus, sous Louis XIV, une part essentielle de la vie sociale et politique se centralise à la cour du roi au château de Versailles (chapitre 3). C'est dans ce bâtiment, où la pièce centrale n'est autre que la « chambre du roi », que se déroule un rituel déterminant pour analyser le fonctionnement de la société de cour : le « lever du roi ». Suivant une « étiquette » strictement réglée, cette cérémonie fonctionne en effet comme un « indicateur de la place de chacun dans le jeu d'équilibre auquel tous les hommes de cour étaient soumis ».

Dans ce dispositif contraignant (qui a notamment conduit à une « maîtrise » des affects que Norbert Elias a décrite dans La Civilisation des mœurs), le roi occupe une position « unique » en ce que l'étiquette, à laquelle il est lui-même soumis, est aussi un « instrument de domination » dont lui seul dispose (chapitre 4). C'est en effet le moyen pour lui d'exercer une « action régulatrice » des tensions entre des « groupes d'élites interdépendants » et notamment entre « les détenteurs de charges officielles d'origine bourgeoise et les groupes de la noblesse d'épée ». Ces tensions sociales, dont la société de cour est le produit historique (suivant une évolution que Norbert Elias a décrite dans La Dynamique de l'Occident), sont aussi à l'origine de sa perte, lorsque, sous la Révolution française, les groupes exclus de ce jeu de pouvoir se trouveront en position de le bouleverser définitivement (chapitre 5).

Inséparable du contexte politique dans lequel la thèse a été conçue (certains développements ne sont pas sans évoquer la prise de pouvoir par Hitler), La Société de cour doit beaucoup à la discussion critique de la sociologie allemande d'alors (Max Weber, Werner Sombart, Karl Mannheim). Bien que ce travail n'ait pas manqué de susciter la critique, aussi bien de la part des historiens (qui se sont souvent montrés dubitatifs devant le travail empirique réalisé), que des sociologues (pour qui le registre conceptuel de Norbert Elias n'est pas toujours très rigoureux), le livre n'en demeure pas moins une tentative inégalée de construire une histoire sociologique, et une pièce essentielle dans la compréhension de l'œuvre de Norbert Elias.

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