2. Un foisonnement baroque
La Semaine est un poème inspiré qui chante un thème épique. C'est aussi un hymne à la gloire du Créateur. Le genre n'en est pas facile à déterminer. Du Bartas lui-même a tenu à préciser que son œuvre n'était ni « purement épique », ni purement « panégyrique » (c'est-à-dire de louange), ni purement « prophétique » (car il fait parler la Bible), ni enfin purement « didascalique », c'est-à-dire encyclopédique.
Ce dernier aspect fut l'une des raisons du succès prodigieux du poème. Celui-ci proposait en effet au lecteur de la fin du xvie siècle un résumé des connaissances du temps. On lisait La Semaine parce que le poème était beau, sans doute, mais aussi parce que, en célébrant Dieu et son œuvre, on s'instruisait. Mais rien ne dure en ce bas monde, et ce qui avait fait le succès de Du Bartas fut à l'origine de son déclin.
Le succès de La Semaine avait été proprement incroyable : plus de cent éditions, des commentaires, des quantités de traductions, en latin, en anglais, en italien, en néerlandais, en allemand, etc. L'Europe entière, catholique aussi bien que protestante, avait lu La Semaine. On l'avait imitée. Les plus grands s'en inspirèrent : Milton (1608-1674) en Angleterre, le Tasse (1544-1595) en Italie, Vondel (1587-1679) en Hollande... Mais les goûts changeaient. Le style du poète se démoda. Pis : les connaissances qu'on avait tant appréciées se périmaient. Du Bartas sombra dans l'oubli pour plusieurs siècles. Goethe, le poète allemand (1749-1832), fut l'un des premiers à le redécouvrir et à en parler avec admiration. Mais il a fallu attendre le milieu du xxe siècle et l'intérêt porté au baroque littéraire pour que le poème retrouve l'admiration de nouveaux lecteurs.
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