La Semaine, ou Création du monde parut en 1578. Son auteur, Guillaume de Salluste du Bartas (1544-1590), était un lettré gascon, protestant du Béarn, sujet et compagnon du futur Henri IV. Un homme modeste que le succès de son poème, presque du jour au lendemain, rendit célèbre à travers l'Europe.
1. La création du monde
La Semaine paraphrase le début de la Genèse et retrace les sept « Jours » de la Création : premier Jour, création de la matière et de la lumière ; deuxième Jour, création de l'espace ; troisième Jour, séparation de la terre et des eaux, etc., jusqu'au septième Jour, où l'Éternel contemple son œuvre.
Ce résumé ne donne qu'une faible idée du poème, dont la composition n'a rien de linéaire. Du Bartas joue des temps et des lieux. Il dit le surgissement du monde en train de se faire tout en décrivant le monde créé tel qu'il l'a sous les yeux. Il parle du passé en y mêlant le présent. Il transporte le lecteur de jadis à maintenant, de demain à hier. Au premier Jour, lorsqu'il évoque le chaos, embryon du monde encore à naître, il le fait négativement : « Tout était sans beauté, sans règlement, sans flamme,/ Tout était sans façon, sans mouvement, sans âme :/ Le feu n'était point feu, la mer n'était point mer... » Puis, presque immédiatement, il franchit les âges et passe à l'anéantissement futur de ce monde encore en gestation : « Un jour de comble-en-fond les rochers crouleront :/ Les monts plus sourcilleux de peur se dissoudront... »
Du Bartas procède par analogie. Une image en appelle une autre, un événement appelle un événement semblable ou comparable. À la fin du deuxième Jour, à propos des eaux qui noieront le monde, le poète annonce et raconte le Déluge avant son heure. Le monde de La Semaine est un monde en perpétuel mouvement, en perpétuelle métamorphose, décrit d'un point de vue constamment mobile : tantôt le poète assiste à la transformation de la terre, tantôt il survole les continents et les mers au côté de Dieu, tour à tour récitant, témoin ou acteur mêlé au décor de sa propre vision.
2. Un foisonnement […]
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