2. Une « logique poétique »
Une autre particularité qui le rend proche des modernes est sa volonté de ne jamais séparer philosophie et philologie, philosophie et rhétorique. La Science nouvelle se présente comme une « logique poétique », opposée à la « logique des doctes » par trop oublieuse de l'origine et de la fin des savoirs, des arts et des techniques. Attentif aux formes, au langage, au sensible et à toutes les métamorphoses historiques de l'idée de vérité, Vico est proche des phénoménologues qui avec Husserl refusent de séparer les formations abstraites de leur ancrage dans « le monde de la vie ». « Poétique » : le mot est à entendre ici au sens étymologique de « faire », de produire. Ainsi le langage est « la première opération de l'esprit humain » ; c'est en lui, et non dans les facultés purement analytiques ou déductives que les philosophes placèrent au premier plan, qu'il faut chercher les fondements de toutes les formations historiquement advenues. Vico, avec La Science nouvelle, livre une sorte d'encyclopédie phénoménologique et historique de l'humanité concrète, déconcertante par ses références, sa systématicité et l'inventivité paradoxale de ses analyses. À une époque où les messianismes historiques ont fait faillite, Vico quitte sa place atypique pour devenir enfin partie prenante des débats les plus actuels. Curieuse destinée d'une œuvre qu'un Georges Sorel saura saluer comme annonciatrice de celle de Marx et qui attend encore ses lecteurs malgré la prolifération des études que ce « géant » (Michelet) ne cesse de susciter.
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