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LA RABOUILLEUSE, livre de Honoré de Balzac

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2.  Une société sans père

Si la morale est sauve, le récit n'en demeure pas moins l'un des plus noirs que Balzac ait écrits. Jamais autant de personnages n'avaient paru se consacrer à ce point au culte exclusif d'une passion qui les dévore. Goût du jeu chez la Descoings, amour maternel aveugle chez Agathe (« Tu es mère comme Raphaël était peintre ! Et tu seras toujours une imbécile de mère », lui dit Joseph), servitude volontaire de Rouget, et surtout, pour Flore, Maxence et Philippe, convoitise de l'argent, de la puissance et de la respectabilité qu'il confère et qui légitiment tous les crimes : « Philippe sera toujours l'assassin de Madame Descoings, le voleur domestique, mais soyez tranquille : il paraîtra très honnête à tout le monde. »

Pour Balzac, l'existence de ces êtres sans foi ni loi, hormis celles qui régissent leur intérêt et leur plaisir, est l'illustration des « effets produits par la diminution de l'autorité paternelle ». Comme il l'écrit à Nodier : « Quelque tendre et bonne que soit la mère, elle ne remplace pas plus cette royauté patriarcale que la Femme ne remplace le roi sur le trône. » C'est ainsi que les dérèglements de Philippe s'expliquent par la disparition précoce du père et l'indulgence d'une mère trop aimante.

Autre « phénomène de société » qu'entend illustrer le roman : la crise d'une génération qui avait placé son ambition dans l'expansion militaire de l'Empire et que l'abdication de Napoléon laisse désaxée. « Combien de dépravations, dit Balzac, causent les nécessités de la guerre chez certains esprits qui, dans la vie privée, osent agir comme sur les champs de bataille. » Capitaine à vingt ans et soudain réduit à rien, retournant contre lui-même et ses proches l'énergie destructrice qu'il mettait au combat, Philippe Bridau apparaît bien comme une victime de l'Histoire : « Sans les Alliés il ne serait pourtant pas là », s'exclame Agathe. Plus que la rabouilleuse, avatar banal de la servante aguichant le riche barbon, c'est bien lui le personnage central du récit, et une des figures romanesques les plus ténébreuses que Balzac ait créées. Sorte de cheval fou, laissant dans sa fuite en avant une traînée de désolation, il est l'archétype de tous les desperados. Passant en voiture, « il éclaboussa sa mère et son frère, en les saluant d'un geste particulier. „Va-t-il ce drôle-là, dit Joseph à sa mère. Néanmoins il devrait bien nous envoyer autre chose que de la boue au visage“ ».

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« LA RABOUILLEUSE, Honoré de Balzac » est également traité dans :

BALZAC HONORÉ DE (1799-1850)

Écrit par :  Maurice MÉNARD

Dans le chapitre "Les reins et les cœurs"  : …  aussi bien sur les arènes publiques que dans le secret des demeures, de Paris ou de la province, *Balzac est aussi un grand romancier du secret des cœurs et des âmes. Combien, dans La Comédie humaine, de « scènes ensevelies dans les mystères de la vie privée » (La Rabouilleuse) ! Mais surtout que de silences sur le fond des… Lire la suite

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Balzac, Nadar

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