2. Une rédemption par l'art ?
Dans La Nausée, tout semble tourner autour d'un individu qui occupe le centre du texte. Cet individualisme forcené sera bientôt abandonné par Sartre, tant dans ses textes philosophiques (L'Être et le néant) que dans ses romans (Les Chemins de la liberté) ou ses textes autobiographiques (Les Mots). Sartre s'efforcera de montrer dans Qu'est-ce que la littérature ? (1948) les limites du « réalisme subjectiviste » dont relève encore son roman.
Toutefois, il faut remarquer que l'auteur et le narrateur tendent à confondre leur identité. Bien souvent, Roquentin semble être le porte-parole de Sartre philosophe alors en pleine recherche, malgré tous les efforts stylistiques pour multiplier les effets de distinction entre le « moi » et la « conscience ». L'impasse où Roquentin semble acculé n'aboutit ni au désespoir ni au suicide, pas plus qu'à la révolte, comme chez Camus. Le « salut » parvient d'un air de jazz entendu dans un café et qui joue un rôle quasi rédempteur : « Derrière l'existant qui tombe d'un présent à l'autre, sans passé, sans avenir, derrière ces sons qui, de jour en jour, se décomposent, s'écaillent et glissent vers la mort, la mélodie reste la même, jeune et ferme. » Le monde répugnant, « gluant », « obscène » des choses (auquel même le visage d'autrui ne saurait échapper) n'a pas le dernier mot. Il appartiendra à l'œuvre future de Sartre, tant philosophique que romanesque, de chercher à ouvrir les difficiles « chemins de la liberté ».
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