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LA MONSTRUEUSE PARADE, film de Tod Browning

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2.  Le jeu trouble des apparences

Freaks est le film de la transgression des limites et de l'inversion des valeurs. Ce sont les personnages d'apparence « normale », Cléopâtre et Hercule, qui se révèlent les vrais « monstres », moralement parlant, alors que les êtres difformes rayonnent d'humanité et de tendresse.

Cléopâtre et Hercule, images conventionnelles de la force et de la beauté, sont les plus monstrueux parce qu'ils sont prêts, pour voler, à toutes les abjections. Le film considère, au contraire, les « monstres » physiques comme des individus singuliers dont le spectateur est amené à partager les émotions, les déceptions et les humiliations : comme lorsque Cléopâtre, ivre, injurie cruellement les convives au repas de noces. Le couple des deux nains, Hans et Frieda, les sœurs siamoises, la femme à barbe et son mari, le squelette vivant, l'androgyne (Joseph/Joséphine), l'homme tronc, le torse vivant, la « merveille sans bras » brune, la vivante « Vénus de Milo » blonde, les jumelles têtes d'épingle, Koo-Koo, la femme oiseau et la fille cigogne, sont tous profondément émouvants, solidaires et même doués d'un sens réel de l'humour.

Freaks est une extraordinaire entreprise de brouillage de la frontière entre « normal » et « anormal ». Physiquement, Hercule et Cléopâtre se démarquent du groupe des normaux, le premier par sa surpuissance et son appétit, la seconde, par son extrême beauté, son pouvoir de séduction et sa situation dans le spectacle, tout en haut, sur son trapèze. Symétriquement, Hans et Frieda se distinguent des autres monstres dans la mesure où, ni mutilés, ni mal formés, ils sont seulement réduits, miniaturisés. Le jeu de la normalité et de l'anormalité est donc plus subtil que l'opposition initiale pouvait le laisser supposer, dans la mesure où il se déroule à la fois sur le plan physique et sur le plan moral, et que d'inévitables chevauchements se développent tout au long du récit.

Le film, on s'en doute, fut très mal reçu à Hollywood même, et interdit en Angleterre jusqu'en 1963 ; pourtant il eut une influence décisive sur tous les films de « monstres » ultérieurs, notamment sur Le Mari de la femme à barbe de Marco Ferreri (La Donna scimmia, 1964) et Éléphant Man de David Lynch (1980). En France, il fut l'objet d'un culte de la part des surréalistes dès les années 1930.

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Freaks, de Tod Browning, 1932, affiche

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