2. L'amour interdit
Belle, généreuse, admirable, Hester Prynne incarne la croyance toute romantique en l'innocence fondamentale de la nature, qui permet à l'homme de se fier à son instinct moral. Elle revendique le droit d'aimer, de vivre, de s'épanouir intellectuellement, physiquement et sexuellement, de se cultiver, en bref d'être l'égale d'un homme. Elle serait capable de sauver celui qui a osé l'aimer et l'aider à être elle-même. Hawthorne est le seul écrivain de son temps à peindre de la sorte la féminité américaine. Il laisse éclater dans ce roman sa révolte contre l'hégémonie paternaliste d'alors, qui inspirera une Margaret Fuller ou les transcendantalistes.
Dans une scène splendide et cruciale qui se passe dans la forêt, au cœur du livre, Hester, la femme condamnée mais irréductible, arrache et jette au loin la lettre infamante : « Mais la lettre brodée gisait à terre, scintillante comme un bijou perdu que quelque vagabond malchanceux viendrait peut-être à ramasser pour être hanté, ensuite, par des tristesses, d'étranges fantômes de péché et une malchance inexplicables. ». Puis elle ôte son bonnet pour laisser flotter librement sa chevelure. À ce moment, le soleil vient illuminer sa silhouette, l'entourant d'une glorieuse auréole en signe d'approbation et de pardon. L'héroïne substitue ainsi la bienveillance et la vie séminale incarnées dans l'univers naturel et païen au jugement des hommes, aux codes rigoureux d'une religion révélée et aux velléités d'un homme d'Église qui ne parvient pas à accepter son corps. Le révérend Dimmesdale, en effet, fait bien preuve d'une sensibilité d'artiste, mais ne voit dans la sexualité qu'entrave à la sainteté et une tentation de la chair. Son attrait pour la mortification l'emporte sur l'élan vital qui porte Hester vers la nature et l'instinct. Hawthorne se place ici dans une perspective qui ne manquera pas d'inspirer D. H. Lawrence.
Dans La Lettre écarlate, le style de Hawthorne dépasse l'allégorie puritaine pour éclater dans des images poétiques et des métaphores chatoyantes (à l'image de la lettre qui resplendit sur le corsage d'Hester), dans le parcours d'une phrase qui serpente et qui suit la mélodie profonde de la hantise personnelle. Annonçant les labyrinthes de la conscience faulknérienne, et bien différent ici de la rhétorique un peu simpliste de La Maison aux sept pignons (1851), le récit exploite l'ambiguïté propre au genre du romance, en utilisant la dialectique entre le réel et l'imaginaire pour suggérer le monde qui existe sous la surface des choses.
En 1926, La Lettre écarlate a été adaptée au cinéma par Victor Sjöström, avec Lilian Gish dans le rôle de Hester.
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