S'il est une mise en scène qui a marqué notre époque, c'est bien celle que Patrice Chéreau donna de La Dispute de Marivaux (1688-1763) en 1973. Pour qui assista à cette « fête noire », l'impression fut indélébile. Il faut pourtant revenir au texte de cette pièce en un acte, « la plus subtilement métaphysique de ce théâtre métaphysique » (Georges Poulet). Comment lire, comment représenter aujourd'hui La Dispute ? Peut-on expliquer du moins l'écho qu'elle suscite en nous, alors que, retirée de l'affiche aussitôt après la première représentation qu'en donnèrent les Comédiens-Français le 19 octobre 1744, elle entra dans un purgatoire de près de deux siècles ?
La « dispute », il faut d'abord l'entendre dans son sens commun, presque trivial, de conflit : la pièce s'ouvre en effet sur la querelle qui oppose le Prince à Hermiane. Qui, de l'homme ou de la femme, a « le premier donné l'exemple de l'inconstance et de l'infidélité en amour ? » La dispute est donc aussi une controverse philosophique, que le Prince propose de résoudre en assistant avec Hermiane au « commencement du monde et de la […]
