2. La raison et ses doubles
Le deuxième chapitre, plus fragmentaire, traite de « la production industrielle des biens culturels ». Sont visés avant tout la radio et le cinéma (la télévision ne régnait pas encore), qui « confirment la victoire de la raison technologique sur la vérité ». Instruments régressifs de domination, ces médias ne cessent de frustrer les spectateurs de cela même qu'ils sont censés leur apporter. « Les œuvres d'art sont ascétiques et sans pudeur, l'industrie culturelle est pornographique et prude. » L'autodestruction de la raison est thématisée dans le dernier chapitre « Éléments de l'antisémitisme. Limites de la raison ». Le racisme y devient « auto-affirmation de l'individu bourgeois intégré dans la collectivité barbare ». L'irrationalisme qu'il professe n'est qu'un des avatars de la « dialectique de la raison » qui s'est retournée contre elle-même en niant « l'homme en tant que personne, en tant que représentant de la raison ». Enfin, les « Notes et esquisses » qui concluent le livre sont à rapprocher des textes écrits à la même époque par Adorno et publiés en 1951 sous le titre Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée. Le recours au fragment, qui tend à l'aphorisme, devient expression d'une passion anti-systématique du système. Il marque la radicalisation d'une pensée exacerbée par la cruauté des temps, les mensonges, la soumission à l'inacceptable : « Même l'arbre en fleur ment, dès l'instant où on le regarde fleurir en oubliant l'ombre du Mal. »
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