Écrite à l'occasion des cérémonies de l'indépendance du Nigeria en 1960, la première pièce du dramaturge nigérian Wole Soyinka (né en 1934), La Danse de la forêt, est un texte qui, pour une œuvre de commande, témoigne d'une étonnante liberté de ton et d'esprit.
À l'origine, il s'agit bien d'une célébration : celle du grand « rassemblement des tribus » organisé par les habitants d'un village de brousse. Mais les festivités tournent vite court. Le sculpteur Démoké, à qui on avait demandé de dresser un totem géant, vient confesser que, sous l'emprise de la jalousie, il a précipité dans le vide son apprenti qui avait réussi à monter plus haut que lui au faîte de l'arbre. Rongé de remords, l'artiste parcourt la forêt sans la reconnaître car elle a été rasée autour de son totem, sous prétexte de mieux mettre en évidence son chef-d'œuvre.
Les villageois ont également demandé aux dieux de leur envoyer, pour cette occasion, des ancêtres qui symboliseraient le passé glorieux de leur pays. Mais les morts qui se présentent ne sont qu'un capitaine en loques et sa femme éternellement enceinte qui reviennent s […]
