2. La phénoménologie comme « transcendantale »
Dans la deuxième partie de la Krisis, c'est le dualisme issu de la « mathématisation galiléenne de la nature » qui, historiquement, apparaît à l'origine des impasses dans lesquelles se trouve engagée la modernité. L'entreprise phénoménologique marque son opposition sur deux fronts : contre l'orientation naturaliste de la physique, il faut faire retour au « monde-de-la-vie » (Lebenswelt), fondement oublié de la géométrie, comme de toute science ; contre la psychologie naturaliste, il s'agit de faire retour à l'épochè cartésienne (explicitée dans les Méditations cartésiennes) mais portée au-delà de Descartes, dans une orientation plus nettement « transcendantale », au-delà même de Kant, qui a imposé cet adjectif, comme d'ailleurs le terme de « phénomène ». En effet, c'est l'étude de la « corrélation transcendantale du monde et de la conscience » (troisième partie, paragraphe 41) qui, en dernière analyse, offre une chance nouvelle à la pensée – qu'elle se développe avec Heidegger dans le sens d'une « ontologie du monde de la vie » (paragraphe 51), ou avec le dernier Husserl (et à sa suite Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la perception), à partir d'une critique de la psychologie. La philosophie se définit alors comme « automéditation de l'humanité, auto-effectuation de la raison » : elle n'est rien d'autre que « la raison dans le mouvement constant de son auto-éclaircissement », depuis « l'aurore » grecque jusqu'à « l'ultime compréhension de soi de l'homme en tant que responsable de son être humain propre ».
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