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LA CONDITION HUMAINE, livre de André Malraux

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2.  Une méditation sur l'homme

La Condition humaine est un roman historique et politique fondé sur la vérité humaine des personnages. La révolution constitue le cadre du roman, mais non son essence, car le véritable propos du livre est métaphysique. D'emblée la tragédie se noue, d'une révolution faite pour l'homme, mais qui le broie et le mène à sa perte. Les impératifs de la cause révolutionnaire conduisent à un écartèlement de la conscience : rendre les armes aux nationalistes revient à les retourner contre soi-même. Paradoxe de ces hommes qui luttent pour la condition humaine et acceptent l'instrumentalisation de leur destin jusqu'à la mort.

Or La Condition humaine met en exergue la solitude inéluctable de cette fin. Seuls face à la mort, les hommes sont également isolés de leur vivant, dans la mesure où l'action commune ne masque pas les divergences de motivation. Kyo Gisors est révolutionnaire par idéal, tandis que Tchen l'est par désespoir : « Que faire d'une âme, s'il n'y a ni Dieu ni Christ ? »

Malraux définit ses personnages comme des « types de héros en qui s'unissent la culture, la lucidité et l'aptitude à l'action ». Mais ne sont-ils pas également plongés en permanence dans la boue de la condition humaine, alternance de grandeur et de servitude ? Kyo se suicide dans l'espoir d'une fusion fraternelle : « ... il mourait parmi ceux avec qui il aurait voulu vivre, il mourait, comme chacun de ces hommes couchés, pour avoir donné un sens à sa vie », mais cet espoir est illusoire. Tout le tragique de la condition humaine est là : vivre c'est apprendre à mourir. L'angoisse eschatologique se double, dans l'impossible dépassement de soi, de l'appréhension face à sa propre conscience. La vie est absurde, et l'homme incapable de savoir qui il est.

Pourtant, dans ce drame existentiel, l'espoir persiste. Si l'homme ne saurait dépasser son destin, échapper à sa condition, il peut, en revanche, faire de sa mort une apothéose de la fraternité. Celle-ci repousse le néant de la vie humaine en s'appuyant, comble du paradoxe, sur le néant d'une autre vie. Lorsque Katow donne son cyanure à deux compagnons afin d'adoucir leur fin, il ne les perçoit déjà presque plus. « ... ce don de plus que sa vie, Katow le faisait à cette main chaude qui reposait sur lui, pas même à des corps, pas même à des voix ». Héros sacrificiel, ange de la fraternité, Katow annonce de manière troublante une autre figure, bien réelle cette fois, celle du résistant Jean Moulin, à qui Malraux rendra hommage en 1964 devant le Panthéon : « Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures. »

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MALRAUX ANDRÉ (1901-1976)

Écrit par :  Jacques LECARME

Depuis sa mort, il n'est guère possible de traiter d'André Malraux sur le ton mesuré qui convient. Peu d'hommes auront été tour à tour aimés ou détestés avec tant de passion. L'heure de la synthèse posthume, de la dernière métamorphose n'est pas encore venue. Pour une part, Malraux est entré dans ce purgatoire – dans ces limbes, aurait-il dit… Lire la suite

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