2. Interprétations de l'œuvre
Sur la nature précise de l'ouvrage, les commentateurs s'accordent aujourd'hui à le considérer « non comme un traité de théorie politique, mais comme l'expression d'une philosophie de l'histoire, qui s'efforcerait de cerner un dessein divin dans le cours des événements » (Henry Chadwick). Augustin s'y révèle exégète, philosophe et théologien et s'inspire tour à tour de la Bible, de Cicéron, de Varron, d'Eusèbe, en remontant à Platon, Porphyre et Plotin. Il offre une vision théologique de l'histoire de l'humanité, de l'histoire du péché et du salut, du bonheur et du malheur. L'ouvrage est qualifié de « théologie de l'histoire » par Henri Irénée Marrou, ou de façon encore plus concise de « traité de la religion » par Goulven Madec.
Les destinataires de La Cité de Dieu sont les intellectuels, contemporains d'Augustin, non convertis au christianisme, même si l'auteur donne parfois trop l'impression de s'acharner sur un « paganisme de bibliothèque ». tel un rhéteur, brillant et prolixe, Augustin passe de la polémique à une démonstration dogmatique : après sa « démolition du paganisme », il entreprend de montrer que seul le christianisme propose la vérité qui satisfait le cœur et l'intelligence, étant le chemin qui libère du mal et de la misère.
Au Moyen Âge, on s'est réclamé de cet ouvrage pour justifier la primauté pontificale (de Grégoire VII à Boniface VIII), alors qu'Augustin ignore la théocratie et ne dit nulle part que la puissance impériale ait été dévolue à l'Église. Il a toujours reconnu la légitimité et l'autonomie du politique. Jusqu'à une date récente pourtant, il y eut des historiens catholiques pour justifier l'augustinisme politique, affirmant, tel Arquillière « qu'il a permis aux papes de sauver la chrétienté de la mortelle emprise des souverains allemands ».
Bossuet, le grand théoricien de l'absolutisme royal, a lui aussi défendu les thèses de l'augustinisme politique, dans sa Politique tirée de l'Écriture sainte et son Discours sur l'histoire universelle. Il a induit en erreur de nombreuses générations qui ont mal interprété, en partie à cause de lui, La Cité de Dieu.
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