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CÉLESTINE LA

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2.  Une popularité sans démenti

L'œuvre était connue de tous. On conserve, en exemplaires uniques, trois éditions de la Comedia (1499, 1500, 1501), et, rien que pour les vingt premières années du xvie siècle, douze éditions de la Tragicomedia qui obligent à en supposer d'autres entièrement disparues. Cette popularité, à laquelle est seule comparable celle de Don Quichotte, devait durer jusqu'au premier tiers du xviie siècle sans que l'Inquisition y trouvât matière à censure, même quand elle se mit à prohiber (1559) des livres où les mœurs des gens d'Église sont fustigées avec humour, comme il advient dans La Celestina. Celle-ci ne faisait pas scandale. Elle ne niait pas, elle confirmait les valeurs (mariage, famille, honneur) dont vivait la société des hidalgos, en éclairant crûment les conduites coupables qui mènent les amants et leurs vils auxiliaires à la mort. Si Rojas s'excuse d'avoir commis un divertissement osé, il en proclame la portée édifiante, qu'admirent de graves moralistes (Vivès). On peut, au xxe siècle, s'étonner de ce que morale et immoralité y soient presque aussi peu que chez Térence rapportées à la croyance religieuse, que le diable y soit identifié à Pluton, alors que les personnages sont des catholiques espagnols qui, à l'heure de la mort subite, crient « Confession ! ». Stylisation hybride ? Ambiguïté voulue ? Notons que le dernier huitain des acrostiches évoque le Christ et sa Passion comme la défense contre la tyrannie des vices, et que même une pointe d'antisémitisme chrétien y est glissée en 1502.

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