2. Une œuvre de transition
Le principal apport de L'Utilitarisme réside dans le projet de son éthique rationnelle qui substitue à la conception hédoniste et égoïste du bonheur une théorie de l'altruisme et du désintéressement dans laquelle le principe d'utilité s'ente directement sur la pluralité des fins, la complexité des motivations, l'obligation morale et les sentiments sociaux. Dans cette tentative de concilier réalisation de soi et bonheur collectif, devoir kantien et utilité benthamienne, liberté individuelle et justice sociale, maints commentateurs ont souligné les difficultés que posait l'argumentation de l'utilitarisme indirect de Mill qui confond dans sa classification des plaisirs, fait et valeur, dans son éthique naturaliste, être et devoir-être, et dans sa conception de la vertu, morale d'intention et morale de résultat.
Néanmoins, L'Utilitarisme représente une pièce charnière de l'histoire de la doctrine utilitariste qui par la suite s'émancipera de l'ambition réformiste qu'elle revêtait encore chez Mill pour prendre un caractère plus théorique. Inspirant les philosophes H. Sidgwick et G. E. Moore, discuté par les économistes de l'utilité marginale (Edgeworth, Jevons, Pareto), l'ouvrage alimentera, malgré le triomphe du néo-hégélianisme, les débats intellectuels de l'Angleterre victorienne qui se prolongeront jusqu'au xxe siècle, à travers le renouvellement des problématiques apportées notamment par les travaux d'A. Sen et J. Harsanyi et stimulées par les critiques de R. Nozick et J. Rawls.
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