2. La toute-puissance divine
L'Orestie présente une action simple mais grandiose. Meurtre, vengeance et justice forment une trilogie d'où naissent crainte religieuse et terreur tragique. L'œuvre peut être rapprochée de l'Électre d'Euripide et de celle de Sophocle. Le mythe sera repris plusieurs fois par la suite : citons notamment Andromaque de Racine (1667), l'adaptation musicale de Paul Claudel et du compositeur Darius Milhaud (Agamemnon, 1913), Électre de Jean Giraudoux (1937), Les Mouches de Jean-Paul Sartre (1943).
Dans L'Orestie, monde divin et monde humain se regardent encore en miroir, liés par les signes : les Atrides, à la fois « aigles » et « vautours » expient un destin individuel et dynastique. Agamemnon paie le sacrifice d'Iphigénie et la cruauté de son ancêtre Atrée qui fit manger à son frère Thyeste ses propres enfants. Dans ses Essais critiques (1964), Roland Barthes déclare que le message de L'Orestie est anachronique, que « les dieux nouveaux qu'elle voulait introniser sont des dieux que nous avons à notre tour vaincus ».
Le monde du signe domine cette tragédie du péché et de l'expiation. Signe que chacun s'efforce de déchiffrer, signe trompeur conduisant Clytemnestre à tuer son époux avant de succomber victime de son fils, signe divin d'Athéna transformant les Érinyes en Euménides. Leur déchiffrement revient aux prophétesses, à Cassandre dans l'Agamemnon, à la Pythie de Delphes au début des Euménides. L'incapacité à les entendre résume tragiquement la morale de la tragédie – la vérité humaine selon L'Orestie. Tout au long de la trilogie, Eschyle met en scène les problèmes douloureux de la fatalité, de la responsabilité et de l'hérédité du crime. Il ne développe pas de système, ni de réflexion philosophique comme le fera Euripide. Il cherche plutôt une voie pour concilier un mythe qui allie la rigueur du destin implacable aux caprices des dieux et à l'aspiration à une justice idéale.
Paradoxalement, dans un monde grec excluant les femmes de la citoyennet […]
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