Il n'est sans doute pas d'œuvre, dans l'histoire de l'art au xxe siècle, dont l'ampleur soit comparable à celle d'Erwin Panofsky (1892-1868). Élève d'Adolph Goldschmid, membre du cercle mythique d'Aby Warburg à Hambourg, au sein duquel il publie tôt des études marquantes – Dürers « Melencolia I », écrit avec Fritz Saxl (1923) ; Hercule à la croisée des chemins (1930) – le premier Panofsky fonda son programme sur une critique serrée des thèses de Wölfflin et de Riegl, tentant de dépasser la perspective formaliste grâce à une théorie des formes symboliques qui devait beaucoup aux travaux d'Ernst Cassirer. L'essai capital sur La Perspective comme forme symbolique (1927) est sans doute l'une des plus grandes réussites dans la recherche d'homologies entre des catégories de perception et de pensée, entre des formes artistiques – ici l'invention de la perspective à la Renaissance – et une philosophie plus globale de la relation entre le sujet et le monde.
Avec la longue étude écrite avec Saxl sur la Mythologie classique dans l'art médiéval publiée en 1933 à New York, commence véritablement la période américaine de Panofsky. Révoqué de son poste à l'université par les nazis en 1934, il s'exile aux États-Unis, où il est accueilli par l'université de Princeton. Viendront une longue suite d'ouvrages ou d'études essentielles, comme La Vie et l'art d'Albrecht Dürer (1943) ; Les Primitifs flamands (1953) ; Saturne et la mélancolie, avec Raymond Klibansky et Fritz Saxl (1964). Son dernier grand travail est publié après sa mort : Le Titien. Problèmes d'iconologie (1969).
1. Décrire et interpréter
Publié en 1955, L'Œuvre d'art et ses significations est un livre qui forme une charnière entre les années allemandes de Panofsky et sa carrière américaine. Il consiste d'ailleurs moins en un ouvrage véritablement homogène qu'en un recueil d'études indépendantes. On y retrouve, considérablement remanié, un essai que Panofsky avait consacré en 1932 au Problème de la description des œuvres d'art. Ouvrant la version […]
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