3. L'appréciation spécifique des peintures
Afin de reconstituer la lecture critique des styles picturaux au xve siècle, Baxandall en analyse en détail les rares témoignages écrits : celui d'un peintre comme Giovanni Santi, qui cite les « vedettes » de son temps, et celui de Cristoforo Landino qui, en introduction à son commentaire de La Divine Comédie de Dante, évoque le style de quatre peintres florentins : Masaccio, Castagno, Filippo Lippi et Fra Angelico. Ces premières tentatives de critique d'art font l'objet d'une étude lexicale et comparative fine qui pointe leur subjectivité historique.
Baxandall se méfie des écrits philosophiques du temps qu'il juge étrangers au monde des commanditaires habituels, en un parti pris directement opposé à celui d'André Chastel, et se refuse à chercher un « esprit d'époque » comme l'ont fait Burckhardt, Warburg ou Panofsky. Son objet est la commande et la réception des œuvres de la part des « hommes d'affaires qui fréquentaient l'église et avaient du goût pour la danse » : une étude d'anthropologie historique, centrée sur les habitus visuels, menée avec des intuitions pertinentes, une vaste culture, un sens indéniable de la vraisemblance historique et de la prudence interprétative, et un souci pédagogique non dénué d'humour.
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