2. Apprécier une œuvre en fonction de l'expérience quotidienne
Baxandall cite l'humaniste Pier Paolo Vergerio qui considère, dans son traité des bonnes mœurs daté de 1404, que les personnes de distinction doivent savoir apprécier les œuvres d'art, ainsi que plusieurs auteurs qui rappellent le triple but des peintures religieuses, de loin les plus nombreuses : instruire les gens illettrés des vérités de la foi, graver l'exemple des saints dans leur mémoire et susciter en eux un puissant sentiment de dévotion, la vue étant plus efficace que l'ouïe pour émouvoir.
Tout en se méfiant des dérives idolâtres, les autorités ecclésiastiques encouragent la peinture en confiant au peintre la tâche de représenter les exercices de « visualisation intérieure » de l'Écriture qu'ils encouragent les fidèles à pratiquer. D'où le parallélisme entre sermons commentant les sentiments liés aux fêtes liturgiques et l'iconographie de certains tableaux : Baxandall en fait une démonstration magistrale en comparant les sermons du frère Roberto Caracciolo et les peintures des différentes « phases » de l'Annonciation. Le goût des formes géométriques, des proportions et des constructions perspectives dans les tableaux est également mis en correspondance avec le bagage en géométrie et en arithmétique des marchands commanditaires.
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