C'est l'imaginaire des vocations, de l'héroïsme artistique et du pouvoir des images, tel qu'on le trouve dans les biographies d'artistes, qui est l'objet de L'Image de l'artiste. Cet essai doit beaucoup au contexte intellectuel particulier de l'histoire de l'art à Vienne dans les années 1930, dont les deux auteurs comptent parmi les plus éminents représentants. Élève de Julius von Schlosser, Ernst Kris (1900-1957), spécialiste des joyaux gravés et des intailles de la Renaissance, lié à Freud (plusieurs fois cité dans l'essai), fut un des premiers historiens de l'art à mesurer le profit que l'on pouvait tirer de l'éclairage psychanalytique. L'exemple du sculpteur autrichien Franz Xaver Messerschmidt, dont Kris montrera plus tard les implications de sa psychose sur son art (Psychanalyse de l'art, 1976), apparaît déjà dans L'Image de l'artiste. La théorie de la « régression » qui sous-tendrait le retour au primitivisme dans l'art, à partir du début du xixe siècle, idée qu'Ernst Gombrich formula à plusieurs reprises dans son œuvre, doit beaucoup aux recherches de Kris.
Élève, lui aussi, de Julius von Schlosser, Otto Kurz (1908-19 […]
