Le paradoxe de l'esthétique est bien connu : le naturel dans l'art. Il faut, c'est entendu, fuir l'artifice ; mais où trouver la nature, sinon chez les artistes ? La nature brute, totale, n'existe pas : nous y sommes, toujours et partout. Rien que de trivial là-dedans. Et pourtant, il faut des poètes pour s'en rendre compte. L'Herbe des talus(1984) n'est pas seulement un livre de poèmes. Jacques Réda (né en 1929) respecte quelques règles élémentaires, qui nous permettent d'affirmer qu'il y a plus de prose que de vers dans ce livre... Des multiples façons de l'aborder, on retiendra ici cet aspect prosaïque, et qu'il s'agit en quelque sorte de récits.
Par exemple, L'Herbe des talusraconterait les bribes d'une préhistoire du poème. Le poème n'a pas à dire comment la parole et le réel se nouent et se dénouent : il est ce nœud, ou ce commencement de dénouement. Mais il n'aurait jamais existé sans échanges subtils de l'un à l'autre. Or le narrateur de L'Herbe des talusfait l'expérience, d'autant plus forte qu'elle est précoce, qu'il y a plus de réalité dans telle image, tel décor de […]
