2. Les aléas de la liberté
Inconditionnelle liberté, le pour-soi, par angoisse devant le vide qu'il est, va chercher refuge dans les comédies illusoires que décrit le célèbre chapitre sur « La Mauvaise Foi », véritable envers de la liberté où « l'être-au-monde » tente vainement de se vivre comme « être-au-milieu-du-monde ». Dans tout le corps du massif ouvrage, Sartre va ainsi donner comme une suite de descriptions de la liberté « au monde » qui auront valeur éthique autant que proprement ontologique. L'éthique projetée ne verra pas le jour. Seuls seront publiés de façon posthume des Cahiers pour une morale, en 1983. La valeur, la temporalité, autrui, le corps n'en donnent pas moins lieu à des analyses brillantes, fécondes contenant en germe des développements qui attendront leur accomplissement. Se situant explicitement dans le sillage de la Phénoménologie de l'esprit de Hegel, Sartre analyse la dialectique du regard et du désir en jeu dans tout rapport à autrui. « Je suis un être pour soi qui n'est pour soi que par un autre. C'est donc en mon cœur que l'autre me pénètre. » Autrui résiste, refuse, se refuse, il m'échappe et m'apparaît, en tant que je le réifie par mon regard et qu'il « me vole le monde par le sien, comme ce qui m'empêche d'être tout ». Manque essentiel qui constitue l'essence même du désir. Que l'homme soit « une passion inutile », dernier mot de l'antépénultième chapitre de L'Être et le Néant, n'empêche pas Sartre de plaider avec passion pour un humanisme existentialiste nouveau, dégrisé, à la mesure des troubles d'une époque qu'il aura su vivre et penser avec lucidité et liberté.
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