2. La controverse post-wébérienne
La thèse de L'Éthique protestante se fonde sur une argumentation qui n'a cessé, depuis sa parution, d'être critiquée sous divers angles. Certaines discussions, lorsqu'elles n'ont pas évoqué, à la suite de Brentano, la disjonction totale des ordres religieux et économique (Samuelson), ont ainsi été alimentées par l'hypothèse d'une reconstruction possible des liens existant entre le protestantisme et le capitalisme à l'aide d'une explication différenciée faisant intervenir non pas une cause unique mais un faisceau de facteurs (Trevor-Roper). La nature du lien établi entre les deux sphères a aussi été questionnée pour l'ambiguïté entourant le statut de la causalité mise au jour par Weber, celle-ci oscillant, selon les points de vue, entre une acception classique et une définition proche de la corrélation ou de l'affinité. Un autre aspect du débat a trait à l'examen du support religieux lui-même qui aboutit à renoncer à trouver, dans le corpus calviniste, des éléments susceptibles de s'inscrire dans la généalogie de l'esprit du capitalisme (Biéler, Pellicani). Enfin, la mesure exacte de l'impact de la doctrine de la prédestination sur les comportements et l'évaluation de sa contribution à la rationalisation économique (Borkenau) représentent un dernier versant de la polémique. Par ailleurs, l'explication de Weber entre en concurrence avec des théories mobilisant un appareil démonstratif plus léger et axé, par exemple, sur la complexification de la division du travail (Durkheim), sur les conséquences démographiques et économiques de la Contre-Réforme (Trevor-Ropper), sur les relations entre le libéralisme politique des pays d'accueil et le protestantisme (Lüthy) ou encore sur l'hypothèse d'une ouverture plus grande de celui-ci à la modernité (Groethuysen, Boudon). Témoignant de la place historique de l'ouvrage dans la littérature sociologique, ce débat n'éclipse en rien la valeur méthodologique de L'Éthique protestante, qui cherche, au moyen nouveau de l'idéal type, à reconstruire les situations et réalités sociales à partir du sens et de la rationalité des actions individuelles, en vue de saisir le rapport entre les valeurs et les faits. Théorisé dans Économie et société (1922) et l'Essai sur la théorie de la science (1922), un tel procédé fournit, à la suite des travaux de Droysen et de Dilthey, une épistémologie propre à la sociologie qui inaugure là une tradition compréhensive offrant une alternative à son pendant hostile.
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