2. Régénérer l'Espagne
Dans la ligne de l'examen des Maux de la patrie (1890) de L. Mallada, anticipant les théories des « régénérationnistes », tels que Macías Picavea ou Joaquín Costa, Unamuno éclaire, de façon exemplaire, le « problème de l'Espagne », qui allait bientôt ébranler la société. En effet, le traité de Paris (décembre 1898), qui mettait fin au conflit avec les États-Unis, et reconnaissait l'indépendance des dernières possessions (Cuba, Porto Rico, les Philippines) de ce qui avait été l'immense empire colonial espagnol, révéla, de façon brutale, à la conscience collective l'incompétence des dirigeants politiques ou militaires, et l'état désastreux de l'Espagne.
Ce constat navré incite Unamuno à ranimer les forces vives de la tradition authentique de l'Espagne, faussées ou étouffées par le conformisme de la communauté nationale, qu'il s'agit d'arracher à son inertie mortifère. L'auteur, alors professeur de grec à l'université de Salamanque, présente son argumentation d'une manière didactique, parfois paradoxale, toujours sur le ton de la passion.
Dans le Prologue à l'édition de 1902, Unamuno précise ses analyses. Par la suite, le destin de l'Espagne, qui ne cessa de le préoccuper, fit l'objet d'autres publications, notamment La Crise du patriotisme (1846) et L'Avenir de l'Espagne (1912). Unamuno se montra désormais plus réticent sur l'ouverture de son pays à la modernité de l'Europe, qu'il avait prêchée avec tant d'ardeur, allant jusqu'à proposer « d'espagnoliser l'Europe ». Quoi qu'il en soit, L'Essence de l'Espagne constitue, avec l'Idearium espagnol (1896) d'Ángel Ganivet (1865-1898), un document majeur sur la crise de l'Espagne à l'aube du xxe siècle.
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