Lorsqu'il publie Salammbô en 1862, Gustave Flaubert (1821-1880) a consacré quatre années à ressusciter l'Antiquité de Carthage. Il aspire à revenir dans son siècle et à s'atteler à l'écriture d'un roman qui serait situé au cœur de celui-ci. Aussi remet-il en chantier une œuvre de jeunesse, restée dans ses cartons et inspirée par la figure obsédante d'Elisa Schlésinger, la femme d'un éditeur de musique qu'il avait rencontrée sur la plage de Trouville lorsqu'il avait quinze ans, et à laquelle il avait aussitôt voué une intense et toute platonique passion. De cette œuvre, déjà intitulée L'Éducation sentimentale, Flaubert conserve la trame profondément autobiographique : le personnage principal restera un double de lui-même, Marie Arnoux une nouvelle incarnation d'Elisa Schlésinger et l'ouvrage « un livre d'amour, de passion ».
Toutefois, au fur et à mesure qu'il travaille au plan du roman, les ambitions de Flaubert grandissent. Le roman intimiste se transforme peu à peu en large fresque, le récit centré sur un individu s'élargit à tout un groupe et l'Histoire – c'est-à-dire la révolu […]
