C'est en 1933 que la Britannique Joan Violet Robinson (1903-1983) publie avec The Economics of imperfect competition (L'Économie de la concurrence imparfaite), son premier livre significatif. Elle a trente ans et fait partie des économistes de Cambridge – le Cambridge Circus – qui depuis la mort d'Alfred Marshall en 1924, cherchent à dépasser les théories de ce dernier. Quoique formés par lui, ces économistes organisent leurs travaux dans une opposition de plus en plus marquée à son enseignement. Marshall était un des grands théoriciens du marginalisme. Il défendait la loi de Say qui place l'offre au centre de l'économie, le principe d'une croissance fondée sur une accumulation de capital financée par l'épargne et celui de l'échange des biens selon un système de prix prédéterminé par la concurrence.
Les membres du Cambridge Circus finissent par pousser leurs analyses jusqu'à des positions systématiquement contraires. Avec John Maynard Keynes, ils font de la demande la source de l'expansion, éliminent l'épargne de leurs théories et réduisent le rôle de la concurrence. Leurs idées, jugées provocatrices, ne rencontrent pas au début de véritable écho. Mais la crise de 1929 fait douter de la capacité du modèle néo-classique marshallien de décrire la réalité et de fournir la définition d'une politique économique efficace contre le chômage. C'est dans ce contexte que les cambridgiens se font d'abord connaître puis reconnaître.
1. Une critique de la théorie néo-classique de la concurrence
L'idée de base de la concurrence imparfaite décrite par Joan Robinson est que, loin d'être l'état normal de l'économie, la concurrence est une situation limite, en pratique inaccessible. En revanche, le monopole, considéré par les théoriciens néo-classiques comme un cas aberrant, correspond à la vie économique réelle. Les hypothèses du modèle de concurrence pure et parfaite sont la liberté des intervenants, leur égalité, notamment dans l'accès à l'information, leur grand nombre – ce que les économistes appellent l'atomicité […]
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