2. La doctrine classique rénovée par Ingres
Amaury-Duval parle le premier des « bizarreries » du style d'Ingres, de tout ce qui éloigne ses tableaux, en particulier ceux de sa jeunesse, du métier classique hérité de David. Ingres, volontiers archaïsant, « gothique », « grec » ou « primitif », s'oppose en effet à la stricte doctrine du « beau idéal » défendue par Quatremère de Quincy ; il ne se reconnaît pas non plus dans l'ancien atelier de David que Gros dirige sous la Restauration. Ingres, quand il triomphe au Salon de 1824-1825 avec Le Vœu de Louis XIII (cathédrale de Montauban), est encore soutenu par les romantiques. C'est parce qu'il ne voulait pas s'enrôler dans l'arrière-garde davidienne qu'Amaury-Duval devient élève d'Ingres.
Le nouveau classicisme enseigné par le maître est fondé sur le culte de l'antique et la « vérité de la nature » traduite par le « style ». D'où les déformations anatomiques pratiquées par Ingres – la plus célèbre étant le dos « trop long » de l'odalisque (musée du Louvre) : « Pour exprimer le caractère, une certaine exagération est permise, nécessaire même quelquefois, mais surtout là où il s'agit de dégager et de faire saillir un élément du beau. » Ingres, violoniste, développe une théorie de la « note juste », que l'interprète peut prolonger un peu. Le « beau » selon Ingres est donc fidèle au « vrai » au prix d'une dissemblance volontairement accusée, dans un métier lisse et « parfait », avec la réalité. C'est ce que Baudelaire, chantre de Delacroix, admira chez Ingres « ange du bizarre », et qui distingua toujours à ses yeux le génial « M. Ingres » de la cohorte trop timorée de ses élèves. Amaury-Duval, qui peignit peu, se montra incapable de s'engager dans cette voie, qu'il avait été un des seuls à bien exprimer : « On a dit que M. Ingres était un Grec du temps de Périclès égaré dans le xixe siècle. Cette pensée me paraît plus ingénieuse que juste [...]. Au xve siècle, il eût été peut-être Masaccio ; ce qu'il fut à coup sûr, c'est un révolutionnaire. »
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