3. Une fortune sévère
Si, de son vivant, un certain équilibre s'était établi entre les jugements opposés de ceux qui le proclamaient divin, acerrimus virtutum ac vitiorum demonstrator, et de ceux qui ne voyaient en lui qu'un ignorant présomptueux et un infâme maître chanteur, la mise à l'Index de la totalité de ses œuvres impose, dès 1558, le portrait répandu par ses détracteurs. L'extrême rareté de ses livres aidant, son nom devient vite synonyme exclusif de luxure, et sa biographie ne tarde pas à s'enrichir de détails infamants, inventés de toutes pièces ou puisés dans les pamphlets souvent calomnieux de ses pires ennemis. En sorte que, dès l'aube du xvie siècle, la figure de l'Arétin a pris des proportions légendaires. Bien que les recherches menées depuis deux siècles aient fait justice de beaucoup de ces légendes, les critiques les plus sérieux n'ont que rarement réussi à s'affranchir de préjugés séculaires et à effacer de leur esprit l'image outrée d'un Arétin parangon de tous les vices. Seules les études les plus récentes ont ouvert la voie à une appréciation plus sereine et plus juste d'une œuvre dont on commence seulement à entrevoir toute la richesse et la signification.
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